Lutte contre la corruption en milieu scolaire : le CERC et l’APNAC RDC portent une proposition de loi à l’Assemblée nationale

Le Centre de Recherche sur l’Anti-Corruption (CERC) porte une initiative majeure destinée à renforcer l’intégrité et la lutte contre la corruption dans le secteur éducatif congolais. À travers un projet de loi ambitieux, l’organisation propose l’instauration des « clubs d’intégrité » ainsi que l’introduction d’un cours d’éducation à l’intégrité dans tous les établissements secondaires du pays.

Élaboré en collaboration avec les parlementaires du APNAC RDC, des spécialistes de l’éducation et plusieurs acteurs de la société civile, ce projet vise à inculquer aux jeunes générations les valeurs d’éthique, de responsabilité citoyenne et de transparence dès le plus jeune âge.

En 2022, les députés membres de l’APNAC RDC avaient déjà donné leur approbation à cette initiative au sein de l’Assemblée nationale. Conscients des effets néfastes de la corruption sur l’éducation et le développement du pays, ces élus se sont engagés à porter ce texte afin d’en faire une loi applicable sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo.

Selon les initiateurs, les clubs d’intégrité fonctionneront au sein des écoles comme des cadres d’éveil citoyen animés par des élèves élus. Leur mission sera de promouvoir les bonnes pratiques, la transparence et les valeurs morales dans les milieux scolaires. En parallèle, le cours d’éducation à l’intégrité permettra aux apprenants d’être sensibilisés aux enjeux éthiques, à la bonne gouvernance et à la responsabilité civique.

Pour le CERC et ses partenaires, cette démarche constitue une étape importante dans la prévention de la corruption en RDC. En misant sur l’éducation et la formation des jeunes, l’initiative entend créer une nouvelle génération de citoyens attachés à l’intégrité et au respect des valeurs républicaines.

Les responsables du projet appellent ainsi les autorités, les organisations de la société civile et l’ensemble de la population à soutenir cette réforme éducative, considérée comme essentielle pour bâtir une société plus juste, plus transparente et tournée vers la bonne gouvernance.

Télécharger le projet de loi.

300 élèves formés aux mécanismes de lutte contre la corruption

Du 2 au 15 novembre 2022, une série d’ateliers a été organisée au Sud-Kivu et à Kinshasa, avec la participation de 300 élèves. Ces ateliers s’inscrivaient dans le cadre du projet « Students Act for Accountability and Quality in Education in the DRC » (Les élèves agissent pour la responsabilisation et la qualité de l’éducation en RDC), financé par le Partenariat mondial pour l’éducation. L’objectif principal de ces ateliers était de renforcer la capacité des élèves à promouvoir la responsabilisation et à améliorer la qualité de l’éducation.

Lire aussi : Les clubs d’intégrité dans les écoles

Au fil des ans, les établissements d’enseignement du pays ont été confrontés à divers défis, notamment des problèmes éthiques, des infrastructures inadéquates, une prestation de services médiocre, des ressources insuffisantes et la corruption dans la chaîne d’approvisionnement. Ces problèmes entravent considérablement les progrès du système éducatif et limitent la capacité des élèves à bénéficier d’une éducation de qualité.

Les ateliers visaient à relever ces défis en dotant les élèves des compétences et des connaissances nécessaires pour promouvoir la responsabilisation et apporter des changements positifs dans leurs établissements scolaires respectifs. La formation a couvert un large éventail de sujets, tels que les processus de suivi, la collecte de données à l’aide de l’outil technologique EduCheck et le plaidoyer auprès des autorités scolaires.

Au cours des ateliers, les élèves ont participé activement à des discussions, des séances de brainstorming et des exercices pratiques. Ils ont découvert des stratégies efficaces pour surveiller et évaluer la qualité de l’éducation, en veillant à ce que les écoles respectent les normes éthiques et fournissent des ressources adéquates pour l’enseignement et l’apprentissage. De plus, ils ont été initiés à l’outil EduCheck, un outil puissant qui leur permet de collecter et d’analyser des données relatives à divers aspects de l’éducation, les aidant ainsi à identifier les domaines nécessitant des améliorations.

Lire aussi : Utiliser les données pour traiter en temps réel les questions de qualité de l’éducation et de responsabilité

Outre les compétences techniques acquises, les ateliers ont également mis l’accent sur l’importance du plaidoyer et de la collaboration. Les élèves ont été encouragés à exprimer leurs préoccupations, à dialoguer avec les autorités scolaires et à travailler ensemble pour apporter des changements positifs. En donnant aux élèves les moyens d’être des agents proactifs du changement, les ateliers visaient à créer une culture de la responsabilité et à garantir que l’éducation soit considérée comme une priorité et reçoive l’attention nécessaire qu’elle mérite.

Dans l’ensemble, les ateliers organisés au Sud-Kivu et à Kinshasa entre le 2 et le 15 novembre 2022 ont joué un rôle crucial dans le renforcement de la capacité des élèves à demander des comptes aux établissements scolaires et à améliorer la qualité de l’éducation en République démocratique du Congo. Grâce à leurs nouvelles connaissances et compétences, ces élèves sont devenus des catalyseurs de changement positif, ouvrant la voie à un avenir meilleur pour l’éducation dans le pays.

À partir de janvier 2023, les élèves formés utiliseront « EduCheck » pour surveiller des éléments tels que l’eau et l’assainissement à l’école, l’assiduité et le comportement des enseignants et des élèves, ainsi que le manque d’équipements de base tels que les pupitres, les livres et le matériel pédagogique.

Nous mobilisons les élèves pour redresser notre système éducatif défaillant.

Au cours des trois dernières années, le CERC a aidé 54 établissements d’enseignement secondaire à intégrer des protocoles de lutte contre la corruption et de transparence dans le système éducatif du Sud-Kivu.

Depuis 2017, le CERC a mis en place des Clubs d’intégrité en République démocratique du Congo. Des élèves âgés de 14 à 19 ans y apprennent ce qu’est l’intégrité et surveillent les projets et les services dans leur communauté, y compris dans leurs écoles. Les élèves observateurs utilisent notre outil technologique DevelopmentCheck pour signaler les problèmes et les solutions.

Les Clubs d’intégrité ont permis aux élèves, aux parents et au public d’obtenir des informations sur des paramètres essentiels des écoles (accès à l’eau et à la bibliothèque, taille des classes, état des toilettes, nombre d’élèves par classe, qualifications du personnel enseignant), ainsi que sur les budgets et les dépenses scolaires. De cette manière, les Clubs d’intégrité ont soutenu le programme de réforme de l’éducation du gouvernement en rendant les écoles plus responsables et plus inclusives.

Les clubs d’intégrité : comment ça marche

Éducation à l’intégrité

L’intégrité est enseignée dans les écoles par des enseignants formés par le CERC, ce qui garantit que les élèves comprennent comment fonctionne la corruption et comment agir avec intégrité permet de surmonter les défis liés à la corruption.

Réunions, forums et réseaux

Les réunions régulières des clubs d’intégrité (CI) permettent aux élèves d’approfondir leur expérience de la corruption et de participer à des activités conçues pour reconnaître la corruption comme un problème mondial. Les forums et les réseaux entre les CI et les partenaires encouragent la collaboration en groupe.

Formation au suivi

Une fois sensibilisés à l’intégrité, les élèves sont en mesure d’identifier les cas où la corruption entrave la mise en œuvre de projets et la prestation de services dans leurs communautés. Le suivi nécessite une formation sur l’accès à l’information, la mobilisation des parties prenantes et l’utilisation de notre outil technologique DevelopmentCheck pour résoudre les problèmes.

Faits marquants :

  • Entre 2017 et 2020, nous avons formé 810 élèves dans 54 Clubs d’intégrité à travers le Sud-Kivu
  • Les élèves ont utilisé DevelopmentCheck pour surveiller 54 projets d’infrastructure et services destinés à leurs communautés, atteignant un taux de résolution moyen de 32 % des cas où la corruption avait causé des problèmes dans leur mise en œuvre.
  • Les jeunes ont démontré, à eux-mêmes et aux autres, qu’ils avaient le pouvoir d’apporter un changement positif dans leur vie et leurs communautés, et qu’ils avaient la capacité d’agir pour faire la différence.
  • Les élèves (âgés de 14 à 18 ans) se sont révélés être des agents de changement extrêmement positifs, faisant preuve d’une motivation à améliorer les services et les projets mis en œuvre au sein de leurs communautés.
  • Enseigner aux jeunes les avantages d’agir avec intégrité et leur donner les compétences nécessaires pour la mettre en pratique et l’exiger dans des situations réelles leur donne la confiance nécessaire pour toujours choisir l’intégrité plutôt que la corruption tout au long de leur vie.
  • Les jeunes sont ainsi encouragés à continuer de participer à la société civile tout au long de leur vie.
  • Les prestataires de projets et de services s’attendent à être contrôlés par les élèves, ce qui les incite à agir avec intégrité et à améliorer la qualité des prestations qu’ils fournissent.
  • Même dans des contextes où le statut des filles est faible, plus de 40 % des contrôleurs que nous avons formés sont des filles.

Citations

« Grâce à la création de clubs d’intégrité dans 54 écoles secondaires du Sud-Kivu dans le cadre de cette initiative, combinée à l’utilisation par plus de huit cents élèves de l’outil technologique « DevelopmentCheck » pour contrôler la transparence, la participation et l’efficacité des services éducatifs, les parents et les élèves sont désormais mieux à même de demander des comptes aux écoles quant à la qualité des services éducatifs fournis », a déclaré Heri Bitamala, directeur exécutif.

« Il est essentiel d’introduire cette approche de suivi dirigée par les élèves dans la mise en œuvre de la Stratégie du secteur de l’éducation et de la formation de la RDC 2016-2025, qui a instauré un système d’enseignement primaire et secondaire gratuit. En tant que bénéficiaires directs des services éducatifs de qualité et inclusifs promis par cette stratégie, les élèves ont le droit de demander des comptes au gouvernement et aux prestataires grâce à ce mécanisme efficace de responsabilité sociale », a-t-il ajouté.

« L’application DevCheck fournit des informations clés sur le fonctionnement, les budgets et les performances des écoles aux élèves, aux parents, aux enseignants et à l’ensemble de la communauté, informations qui peuvent être utilisées dans les débats politiques, l’élaboration des budgets et la définition des priorités de développement au niveau de l’école », a déclaré Ngoya Bundu Harmonie, coordinatrice du projet CERC. Kahindo Ndjungu, directeur de l’ITIP à Uvira, a confirmé ces propos en déclarant : « Grâce aux réunions des groupes de travail locaux sur l’éducation organisées dans notre lycée, l’ensemble du processus est devenu plus clair et plus transparent. »

Le Club de l’intégrité a convaincu les responsables scolaires de construire des toilettes et des salles de classe supplémentaires

Dans plusieurs localités du Sud-Kivu, l’accès à une éducation de qualité demeure un véritable défi pour des milliers d’enfants. Dans les zones rurales, les élèves étudient souvent dans des conditions difficiles, marquées par le surpeuplement des salles de classe, le manque d’infrastructures sanitaires adéquates et l’insuffisance du matériel pédagogique.

Face à cette réalité, le Centre de Recherche sur l’Anti-Corruption (CERC), une organisation engagée dans la promotion de l’intégrité et de la bonne gouvernance dans l’est de la RDC, a décidé d’agir en impliquant directement les jeunes dans le contrôle citoyen des projets communautaires.

En octobre 2017, le CERC a lancé une initiative innovante à travers les Clubs de l’intégrité afin d’améliorer les conditions d’éducation au Sud-Kivu. Grâce à ce programme, 54 Clubs de l’intégrité ont été créés et 810 élèves ont été formés comme moniteurs communautaires chargés de veiller à la qualité des infrastructures scolaires et à la bonne utilisation des ressources destinées à l’éducation.

À travers la formation sur le renforcement de l’intégrité communautaire (CIB), ces jeunes observateurs ont acquis des compétences leur permettant d’évaluer les équipements scolaires, de contrôler la disponibilité des infrastructures, d’enquêter auprès des bénéficiaires et de dialoguer avec les autorités scolaires afin de trouver des solutions concrètes aux problèmes identifiés.

L’Institut Itara constitue aujourd’hui un exemple marquant de cette réussite. Depuis février 2018, quinze élèves observateurs formés par le CERC assurent le suivi de leur école. Quelques mois plus tard, ils ont alerté la direction sur l’état alarmant des infrastructures : des salles de classe surchargées, des pupitres détériorés et seulement trois toilettes pour 590 élèves. Cette situation exposait les enfants à de nombreux risques et compromettait sérieusement leur apprentissage.

Déterminés à changer les choses, les moniteurs communautaires ont engagé un dialogue avec la direction de l’école, le comité des parents et les enseignants afin de trouver des solutions rapides et durables.

Leur plaidoyer a rapidement porté ses fruits. La direction de l’établissement s’est engagée à réparer les pupitres endommagés et à lancer la construction de nouvelles salles de classe grâce aux ressources disponibles.

En août 2018, une réunion du groupe de travail sur l’éducation a permis de mobiliser davantage de moyens pour améliorer les infrastructures sanitaires, notamment la construction de toilettes séparées pour les filles. À l’issue de cette concertation, un calendrier des travaux a été adopté.

Quelques mois plus tard, trois nouvelles salles de classe étaient achevées et un bloc de huit latrines modernes entrait en construction.

Aujourd’hui, les élèves de l’Institut Itara bénéficient d’un environnement scolaire plus sain, de salles de classe plus spacieuses et de meilleures conditions d’apprentissage. Cette expérience démontre qu’en impliquant les jeunes dans la gouvernance communautaire, il est possible de transformer durablement les écoles et de promouvoir une éducation de qualité pour tous.