Stratégie 2027–2030 · Est du Congo

Notre stratégie 2027–2030

Pour que la paix tienne à l’Est du Congo, la reconstruction doit être intègre : des agents de l’État honnêtes qui reviennent, des écoles et des centres de santé reconstruits et rendus à la population, des recettes publiques collectées de façon numérique et justifiées, et chaque dollar de l’aide – y compris les fonds d’urgence sanitaire – qui arrive là où il doit arriver.

Télécharger la stratégie (PDF) Notre approche

Un intervenant à l’atelier de consultation sur l’éducation à l’intégrité, Kinshasa, juillet 2022

Pourquoi une nouvelle stratégie

L’Est du Congo sort de la guerre. Après le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira en janvier 2026, le Gouvernement a lancé la restauration progressive de l’autorité de l’État au Sud-Kivu, avec Uvira comme ville pilote ; le 21 septembre 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur y a ouvert un atelier communautaire sur le retour de l’État. L’administration, les écoles, les centres de santé et les recettes publiques doivent maintenant être reconstruits – dans une province où la guerre a aggravé la corruption et où les mécanismes de contrôle existent à peine. C’est maintenant que tout se joue.

  • 20/100 en intégrité

    La RDC est 163e sur 182 pays dans l’Indice de perception de la corruption : parmi les pays perçus comme les plus corrompus.

    Transparency International, IPC 2025

  • 84 % des recettes perdues

    Jusqu’à 17 millions USD de taxes par mois ont été prélevés par l’AFC/M23 pendant l’occupation M23/Rwanda, et le Sud-Kivu a perdu 84 % de ses recettes provinciales.

    Gouverneur du Sud-Kivu, avril 2026

  • 33 M USD perdus chaque mois

    Jusqu’à 33 millions USD par mois sont perdus à cause de la fraude, du dumping et du coulage des recettes aux frontières du Sud-Kivu.

    Ministère du Commerce extérieur, juin 2026

  • 700 M USD+ de fonds Ebola introuvables

    Sur les 962 millions USD décaissés par les bailleurs pour la riposte contre Ebola, plus de 700 millions n’ont pas pu être retracés jusqu’aux structures de terrain.

    Afrique CDC, octobre 2026

  • 1 768 écoles fermées

    Les combats ont fermé 1 768 écoles au Sud-Kivu, privant d’école plus de 688 000 élèves.

    OCHA, cité en février 2026

  • 536 salles de classe détruites

    536 salles de classe ont été détruites dans 66 écoles, et 104 écoles sont occupées par des personnes déplacées.

    Ministère de l’Éducation, mars 2025

Six problèmes que la reconstruction doit résoudre

Un Est post-conflit

Des années de combats au Nord et au Sud-Kivu ont déplacé des familles, vidé des écoles et coupé des provinces de l’État. Le retour de l’administration commence à Uvira, mais la sécurité reste fragile et les institutions sont à reconstruire presque entièrement.

La guerre amplifie la corruption

En temps de guerre, celui qui tient la route lève la taxe. Les groupes armés ont taxé le commerce et la population – jusqu’à 17 millions USD par mois pour l’AFC/M23, selon le gouverneur – et des barrières illégales demeurent : sur la RN5 entre Kamanyola et Baraka, les voyageurs franchissent près de dix barrières et paient au moins 5 000 francs congolais à chacune.

Une gouvernance faible, sans contrôle

Avec un score de 20/100 dans l’Indice de perception de la corruption, la RDC figure parmi les pays perçus comme les plus corrompus. À l’Est, services d’inspection, tribunaux et organes de contrôle sont souvent absents : l’argent public et les postes peuvent être détournés sans que personne ne le voie.

Écoles et centres de santé détruits

Des salles de classe détruites ou occupées, des centres de santé pillés – quatre ont été détruits à Masisi en octobre 2026, et l’hôpital de Birambizo a été pillé le jour même de sa réouverture. L’argent de la reconstruction arrivera vite : sans suivi, une partie ne deviendra jamais une école ni un centre de santé.

Des fonds d’urgence sanitaire introuvables

Pendant la 17e épidémie d’Ebola, déclarée en mai 2026 et étendue au Nord et au Sud-Kivu, les bailleurs ont décaissé 962 millions USD – mais plus de 700 millions n’ont pas pu être retracés jusqu’aux structures de terrain. En 2020, un ancien ministre de la Santé a été condamné pour détournement de fonds Ebola : l’argent de l’urgence doit être suivi publiquement, en temps réel.

La fraude douanière et fiscale

La fraude aux frontières coûte au Sud-Kivu environ 33 millions USD par mois, selon le ministère du Commerce extérieur. Dans la province, les taxes sont encore largement collectées à la main, en espèces et avec des quittances papier : selon les estimations du CERC, jusqu’à 800 000 USD par mois sont ainsi perdus. La digitalisation des taxes et de leur collecte est l’un des leviers les plus puissants contre ce coulage.

Le risque : une reconstruction sans intégrité ramène la guerre

Après une guerre, beaucoup d’argent arrive vite – budgets de la reconstruction, aide humanitaire, fonds d’urgence sanitaire – alors que les contrôles sont faibles. Si des postes sont achetés, si des écoles financées ne sont jamais construites, si des médicaments et des fonds Ebola sont détournés, si les taxes finissent dans des poches privées, la population perd confiance dans l’État. Cette colère nourrit à nouveau les groupes armés.

La corruption n’est pas un effet secondaire du conflit : elle le finance et le prolonge. Les taxes illégales aux barrières, la fraude aux frontières et les recettes collectées en espèces affaiblissent l’État au moment même où il doit prouver qu’il sert la population mieux que les groupes armés.

Notre conviction

Si les personnes qui reviennent servir l’État sont intègres, si les citoyens – élèves, parents, malades, déplacés, commerçants – peuvent suivre et signaler ce qui se passe, si les taxes sont payées de façon numérique et publiées, et si chaque dollar de la reconstruction et de l’aide d’urgence est public et vérifié, alors les services reviennent, la confiance revient, et la paix tient.

Cinq axes pour 2027–2030

Une administration intègre qui revient

Que les agents qui reviennent servir l’État soient choisis pour leur intégrité et rendent des comptes à la population.

  • Proposer au Gouvernement et à la province des critères d’intégrité pour le redéploiement des agents : antécédents vérifiés, déclaration de patrimoine, code de conduite signé.
  • Former les agents qui reviennent à l’intégrité et au service public, avec notre cours de leadership intègre.
  • Permettre aux citoyens de noter l’accueil et le service dans les bureaux publics avec GovCheck, et publier les résultats.

GovCheck · cours de leadership intègre

Des écoles reconstruites et rendues aux enfants

Que chaque école financée soit vraiment reconstruite, et que les enfants y retournent.

  • Suivre la reconstruction des écoles avec les élèves, les parents et les enseignants grâce à EduCheck : le budget, l’entrepreneur, les délais et la qualité des travaux.
  • Plaider, avec les autorités et les acteurs humanitaires, pour que les familles déplacées soient relogées dans la dignité avant la réouverture des écoles qu’elles occupent.
  • Relancer les Clubs d’Intégrité dans les écoles rouvertes, à commencer par Uvira, où sont nés nos premiers clubs en 2017.

EduCheck · Clubs d’Intégrité

Des centres de santé qui fonctionnent, partout

Que les centres de santé reçoivent ce qui leur revient – y compris les fonds d’urgence comme ceux de la riposte contre Ebola – même là où l’État ne peut pas aller.

  • Permettre aux citoyens de signaler, avec HealthCheck et de manière anonyme, ce qui manque dans leur centre de santé : médicaments, personnel, eau, électricité.
  • Transmettre ces besoins vérifiés aux acteurs humanitaires et aux bailleurs, pour orienter l’aide vers les centres qui manquent de tout, y compris dans les zones sous contrôle rebelle.
  • Suivre les médicaments et le matériel livrés, du fournisseur au centre de santé, pour qu’ils ne soient ni détournés ni taxés en chemin.
  • Demander que chaque fonds d’urgence, à commencer par la riposte contre Ebola, soit publié partenaire par partenaire et zone de santé par zone de santé, et suivre la traçabilité des 700 millions USD qui restent à retrouver.

HealthCheck · suivi des fonds d’urgence

Des recettes publiques collectées de façon numérique et justifiées

Que les impôts et les taxes arrivent au trésor public – et non aux groupes armés, aux barrières ou dans des poches privées – et que les citoyens voient ce qui est collecté et comment il est dépensé.

  • Plaider, avec la province et les régies financières, pour la digitalisation des taxes et de leur collecte : déclaration et paiement électroniques, mobile money, quittances électroniques – et la fin des paiements en espèces aux percepteurs.
  • Suivre la mise en place des procédures frontalières numériques prévues au Sud-Kivu et du guichet unique du commerce extérieur, et signaler la fraude qui persiste.
  • Permettre aux commerçants et aux voyageurs de signaler avec GovCheck les barrières illégales et les taxes indues, et transmettre ces signalements aux autorités.
  • Demander la publication mensuelle des recettes provinciales, et qu’une part soit affectée à la reconstruction des écoles et des centres de santé.

GovCheck · suivi des recettes

Une reconstruction redevable qui consolide la paix

Que chaque dollar de la reconstruction, financée par le Gouvernement ou par ses partenaires, soit public et vérifié.

  • Demander la publication des budgets, des marchés et des paiements de la reconstruction, et les suivre projet par projet.
  • Étendre à l’Est notre système d’alerte sociale contre la corruption, avec des points focaux formés et protégés.
  • Faire entendre les personnes déplacées, les femmes, les jeunes et les personnes handicapées dans les comités locaux de reconstruction, et porter leurs propositions aux ateliers du Gouvernement.

Système d’alerte sociale · GovCheck (govcheck.cerc.cd)

Nos principes

  • Ne pas nuire

    Nous analysons chaque action pour qu’elle n’aggrave aucune tension entre communautés.

  • Protéger

    Les signalements peuvent être anonymes ; nous ne publions aucune donnée qui pourrait exposer une personne.

  • Inclure

    Les déplacés, les femmes, les jeunes et les personnes handicapées décident avec nous.

  • Travailler avec l’État

    Nous appuyons les institutions sans prendre leur place, et nous restons indépendants et impartiaux.

Par étapes, là où l’État revient

  1. 2027

    Uvira, ville pilote

    Premiers suivis des agents, des écoles et des centres de santé, et mesure de la situation de départ, avec la province et les communautés.

  2. 2028–2029

    Le Sud-Kivu

    Fizi et les autres territoires où l’administration revient, en tirant les leçons d’Uvira.

  3. 2030

    Le Nord-Kivu

    Beni, prochaine ville pilote annoncée par le Gouvernement, puis les autres zones qui se rouvrent.

Ce que nous mesurerons

  • Part des agents redéployés qui ont signé un code de conduite et déposé une déclaration de patrimoine.
  • Écoles reconstruites comme prévu (budget, délais, qualité), et élèves de retour en classe.
  • Centres de santé suivis, besoins signalés et besoins couverts.
  • Part des taxes provinciales payées de façon électronique, et recettes provinciales publiées chaque mois.
  • Fonds d’urgence sanitaire (Ebola) retracés jusqu’aux zones de santé bénéficiaires.
  • Barrières illégales signalées et levées.
  • Signalements de corruption reçus, transmis et traités.
  • Budgets et marchés de la reconstruction rendus publics.

Nos cibles chiffrées seront fixées en 2027 avec nos partenaires, après la mesure de la situation de départ à Uvira.

Ce que le CERC apporte

  • Nos racines à l’Est : nos premiers Clubs d’Intégrité sont nés en 2017 dans 20 écoles d’Uvira ; avec DevelopmentCheck, des élèves ont suivi 55 écoles.
  • 204 Clubs d’Intégrité au Sud-Kivu et à Kinshasa, et des élèves formés au suivi des services publics.
  • Un système d’alerte sociale qui a déjà fonctionné avec trois parquets de Kinshasa en 2024.
  • Quatre applications de suivi citoyen : EduCheck, HealthCheck, GovCheck et UNCAC Tracker.
  • Un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) depuis 2021.

Depuis la prise de Bukavu en février 2025, le CERC a fermé son bureau de Bukavu et travaille à distance : nos applications permettent de continuer à suivre les services publics là où notre équipe ne peut pas aller.

Construisons une paix intègre, ensemble

Autorités, régies financières, bailleurs, acteurs humanitaires et organisations de la société civile : rejoignez-nous pour que la reconstruction de l’Est – et chaque dollar qui la finance – soit au service de la population.

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