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Conflits et corruption

À l’Est de la RDC, la corruption et les conflits s’alimentent mutuellement. La corruption finance les groupes armés et prolonge la guerre ; la guerre, à son tour, fait disparaître les contrôles qui contiennent la corruption.

En chiffres

17 M$de taxes par mois prélevées par l’AFC/M23 pendant l’occupation M23/Rwanda

Source : Gouverneur du Sud-Kivu, avril 2026

84 %des recettes provinciales du Sud-Kivu perdues pendant l’occupation

Source : Gouverneur du Sud-Kivu, avril 2026

1 768écoles fermées par les combats au Sud-Kivu, laissant plus de 688 000 élèves sans école

Source : OCHA, cité en février 2026

Comment les conflits nourrissent-ils la corruption ?

En temps de guerre, celui qui tient la route lève la taxe. Les groupes armés ont taxé le commerce et la population, et des barrières illégales subsistent : sur la RN5 entre Kamanyola et Baraka, les voyageurs franchissent près de dix barrières et paient au moins 5 000 francs congolais à chacune.

Des années de combats au Nord et au Sud-Kivu ont déplacé des familles, vidé des écoles et coupé des provinces de l’État. Les services d’inspection, les tribunaux et les organes d’audit sont souvent absents. 536 salles de classe ont été détruites dans 66 écoles, et 104 écoles sont occupées par des déplacés (ministère de l’Éducation, mars 2025).

Comment la corruption nourrit-elle les conflits ?

La corruption n’est pas un effet secondaire du conflit : elle le finance et le prolonge. Les taxes illégales aux barrières, la fraude aux frontières et les recettes perçues en espèces affaiblissent l’État au moment même où il doit prouver qu’il sert la population mieux que les groupes armés.

Après une guerre, beaucoup d’argent arrive vite – budgets de reconstruction, aide humanitaire, fonds d’urgence sanitaire – alors que les contrôles sont faibles. Si des postes s’achètent, si des écoles payées ne sont jamais construites, si des médicaments et des fonds Ebola sont détournés, la population perd confiance dans l’État. Cette colère nourrit à nouveau les groupes armés.

Les preuves : comment la corruption nourrit les conflits à l’Est de la RDC

La corruption nourrit les conflits de trois manières. Elle paie les combattants : celui qui taxe les mines et les routes peut acheter des armes et recruter. Elle désarme l’État : les soldats qui ne sont pas payés vendent leurs munitions et partagent les mines avec les groupes qu’ils sont censés combattre. Et elle vide les caisses publiques : l’argent volé au sommet est de l’argent qui manque aux enseignants, aux infirmiers et aux soldats de l’Est, qui à leur tour taxent la population. Chaque maillon de cette chaîne est documenté.

  1. 800 000 $

    par mois pour l’AFC/M23 grâce à une seule mine de coltan

    Depuis la prise de Rubaya (Nord-Kivu) le 30 avril 2024, l’AFC/M23 prélève 7 $ sur chaque kilogramme de coltan et contrôle le commerce et le transport d’environ 120 tonnes par mois – au moins 800 000 $ par mois pour armer, payer et recruter des combattants.

    Source : Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, S/2024/969, décembre 2024, par. 56–66
  2. 798

    barrières sur les routes du Nord et du Sud-Kivu

    À 75 % d’entre elles, au moins un acteur armé perçoit le « droit de passage » ; l’armée congolaise à elle seule est présente à 47 %. Six sociétés de transport ont payé 142 910 $ par mois aux barrières des principales routes du Nord-Kivu. La route est « l’une des principales sources de financement illicite » des acteurs armés, et son contrôle « un enjeu clé des conflits ».

    Source : IPIS / DIIS, « Tout ce qui bouge sera taxé », novembre 2017
  3. 5 000 FC

    à chacune de près de dix barrières sur la RN5, aujourd’hui

    En août 2026, les usagers des axes Uvira–Luvungi, Mwenga–Uvira et Uvira–Fizi–Baraka ont déclaré payer de 10 000 à 50 000 francs congolais aux barrières tenues par des combattants Wazalendo ; ceux qui refusent sont maltraités. Un député provincial a demandé au ministère de la Défense de démanteler les postes tenus par des Wazalendo et des militaires des FARDC sur la RN5 : près d’une dizaine de barrières, au moins 5 000 FC à chacune.

    Source : Radio Okapi, 4 août 2026 · Congo Quotidien, 19 août 2026
  4. 50–100 $

    le prix d’un fusil de l’armée vendu à un groupe armé

    Dans les territoires d’Uvira, de Mwenga et de Fizi, des militaires dont la solde avait des mois de retard ont vendu armes et munitions aux groupes mêmes qu’ils combattaient, « contribuant ainsi à faire persister le conflit ». En septembre 2020, un commandant de bataillon près de Minembwe a vendu des munitions à un groupe Maï-Maï ; 12 caisses avaient disparu du dépôt de l’armée. Les fusils de type AK se vendaient entre 50 et 100 $.

    Source : Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, S/2021/560, juin 2021, annexe « Diversion d’armes et munitions par des membres des FARDC »
  5. 66 %

    des mines touchées par une ingérence armée impliquent l’armée

    Sur 711 sites miniers visités par IPIS entre 2016 et 2018, l’armée congolaise était responsable de 66 % des 265 sites touchés par une ingérence armée : taxes sur les creuseurs, travail forcé, frais de « protection ». « Les revenus des ressources pour les militaires peuvent expliquer l’inertie face aux groupes armés » : la présence d’un groupe rebelle justifie un déploiement qui rapporte.

    Source : IPIS, Armed conflict, insecurity and mining in eastern DRC, décembre 2022
  6. 14 kg

    d’or officiellement exportés de l’Ituri en 2020, pendant que des tonnes partaient par l’Ouganda

    Les trois comptoirs d’or agréés de l’Ituri n’ont exporté que 14,213 kg en 2020, alors que la contrebande à grande échelle vers l’Ouganda continuait ; les exportations d’or de l’Ouganda ont augmenté de 29 % en 2019, à près de 36 tonnes. À Fizi, les Maï-Maï Yakutumba taxaient l’or de Misisi en route vers Baraka, avant sa sortie frauduleuse vers le Burundi et la Tanzanie. De l’or non déclaré, c’est zéro redevance pour l’État – et un revenu régulier pour les hommes en armes.

    Source : Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, S/2021/560, par. 100 et 169
  7. 962 M$

    de fonds Ebola décaissés ; 200 M$ justifiés

    En octobre 2026, l’Africa CDC a indiqué que 962 millions de dollars des bailleurs avaient été décaissés aux organisations qui luttent contre Ebola à l’Est de la RDC, mais que seuls 200 millions avaient été justifiés. Déjà en 2018–2020, un « Ebola business » s’était développé autour de la riposte : per diem gonflés versés aux forces de sécurité, véhicules loués à prix gonflés à des fonctionnaires, emplois vendus contre des commissions. L’argent qui n’atteint pas les malades nourrit la colère, la méfiance et les attaques contre les centres de traitement.

    Source : Africa CDC, cité par AP, 20 octobre 2026 · The New Humanitarian, 18 juin 2020
  8. 20/100

    le score de la RDC à l’Indice de perception de la corruption 2025, 163e sur 182 pays

    La corruption au sommet affame l’Est. L’Africa Progress Panel a estimé que l’État congolais avait perdu au moins 1,36 milliard de dollars dans des contrats miniers sous-évalués entre 2010 et 2012 – deux fois ses budgets de la santé et de l’éducation réunis. L’argent perdu à Kinshasa est de l’argent qui manque aux soldats, aux enseignants et aux infirmiers du Sud-Kivu, qui à leur tour taxent la population qu’ils servent.

    Source : Transparency International, IPC 2025 · Africa Progress Panel 2013, cité par Global Witness

Comment briser le cercle des conflits et de la corruption ?

Le CERC a été fondé en avril 2017 à Uvira et à Bukavu, au Sud-Kivu, pour répondre notamment à une question : comment l’intégrité peut-elle être une réponse durable aux conflits et à l’instabilité à l’Est de la RDC ?

L’Est de la RDC sort de la guerre. Après le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira en janvier 2026, le Gouvernement a commencé à restaurer l’autorité de l’État au Sud-Kivu étape par étape, avec Uvira comme ville pilote. Notre Stratégie 2027–2030 est conçue pour ce moment.

Si les personnes qui reviennent servir l’État agissent avec intégrité, si les citoyens – élèves, parents, patients, déplacés, commerçants – peuvent suivre et signaler ce qui se passe, si les taxes sont payées par voie numérique et publiées, et si chaque dollar de la reconstruction et de l’aide d’urgence est public et vérifié, alors les services reviennent, la confiance revient, et la paix tient.

Nos priorités pour 2027–2030