Enquête sur la perception de la corruption par les ménages – Sud-Kivu 2017

En mai 2017, le CERC a interrogé 980 habitants du Sud-Kivu sur la corruption : une corruption jugée grave et répandue, mal comprise et rarement signalée, et des citoyens prêts à agir.

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L’enquête en bref

Une corruption jugée grave et répandue, mal comprise, rarement signalée – et des citoyens prêts à agir s’ils sont informés.

980

entretiens dans les 9 entités du Sud-Kivu, 950 retenus après vérification

56,9 %

jugent la corruption grave

52,5 %

ne savaient pas dire ce qu’est la corruption au début de l’entretien

20,9 %

savent à quelle institution signaler un acte de corruption

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Un groupe de répondants lors de l’enquête, Sud-Kivu, mai 2017
Mai 2017

Objectifs et méthode

Mesurer, pour la première fois en RDC, ce que les ménages pensent de la corruption et de la fourniture des services publics, et établir une base de référence pour les enquêtes à venir.

Cette enquête, financée et conduite par le Centre de Recherche sur l’Anti-Corruption (CERC), fournit des données empiriques pour aider le gouvernement, la société civile et le secteur privé à concevoir et mettre en œuvre des politiques et des programmes qui améliorent la gouvernance au Sud-Kivu et réduisent la corruption.

ObjectifsSix questions de départ

  1. Identifier les formes et les pratiques de corruption, et la manière dont le public perçoit chacune d’elles ;
  2. identifier les principaux acteurs impliqués dans les pratiques de corruption ;
  3. identifier les causes de la corruption ;
  4. mesurer la perception du niveau de corruption et des secteurs les plus touchés, comme situation de référence pour suivre les progrès ;
  5. mesurer la perception de la volonté politique de lutter contre la corruption ;
  6. permettre l’élaboration de plans d’action sectoriels.

Méthode980 entretiens, un par ménage

Le CERC a conçu un questionnaire de 68 questions de fond, plus des questions démographiques, sur le modèle des Nations Unies pour les enquêtes quantitatives sur la corruption, adapté au contexte local. Il mesure les connaissances, les attitudes et les pratiques des citoyens face à la corruption.

En mai 2017, quatre enquêteurs, aidés par des leaders communautaires, ont interrogé 980 personnes de 17 à 60 ans – autant de femmes que d’hommes, une par ménage – dans les neuf entités administratives du Sud-Kivu, ville de Bukavu comprise. Le CERC avait prévu 860 entretiens. Après vérification, 30 questionnaires ont été écartés : 950 réponses ont été analysées : Bukavu (140), Uvira, Shabunda, Fizi et Mwenga (120 chacun), Walungu (100), Kalehe et Kabare (90 chacun) et Idjwi (80).

Un entretien durait en moyenne 50 minutes : 872 heures d’entretiens au total. Beaucoup de répondants n’étant pas scolarisés, les enquêteurs lisaient les options de réponse. Les réponses « je ne sais pas », fréquentes au début, ont diminué au fil des questions : l’entretien lui-même a fait connaître la notion de corruption.

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Résumé

Les résultats ne dressent pas un tableau optimiste de la corruption au Sud-Kivu, mais ils donnent des raisons d’agir.

  • La corruption est jugée grave (56,9 %) et en hausse (45,2 %), même si peu de répondants la citent spontanément parmi les problèmes les plus graves de la province, loin derrière le chômage et la pauvreté.
  • Elle est perçue dans la plupart des institutions : 54,3 % jugent le gouvernement provincial corrompu, 52,9 % les membres du parlement provincial, et l’argent est la forme de corruption la plus citée (58 %).
  • Elle est mal comprise : 52,5 % ne savaient pas dire ce qu’est la corruption au début de l’entretien.
  • Elle est rarement signalée : seuls 20,9 % savent à qui la signaler, et la peur des représailles (59,2 %) et l’absence de suite (53,0 %) découragent les signalements.
  • Le besoin d’argent l’explique pour 46,5 % des répondants, et 59,8 % estiment que la plupart des actes de corruption résultent de difficultés économiques.
  • Les citoyens sont prêts à agir : 70,1 % pensent que la corruption peut être éliminée ou réduite, les répondants ont rapporté 940 actions déjà menées contre elle, et plus de 60 % souhaitent que le CERC les informe sur leurs droits et sur les moyens de lutter contre la corruption.
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Chapitre I

La corruption dans le gouvernement et la société

Une corruption jugée grave et en hausse, présente dans la plupart des institutions, et une action publique peu connue.

Situation généralePeu de progrès, mais une certaine satisfaction

Plus d’un quart des répondants (28,5 %) voient des progrès importants dans la situation générale, 42,6 % peu de progrès et 22,3 % aucun. Pourtant, 62,9 % se disent très ou un peu satisfaits de la situation globale au Sud-Kivu, et seuls 11,0 % très insatisfaits. Les avis sur la situation politique et sur le leadership politique sont partagés, et 30,0 % jugent la situation économique mauvaise.

Problèmes les plus graves de la province%
Chômage22,6
Pauvreté15,8
Mauvaises infrastructures10,5
Corruption9,7
Instabilité politique9,0
Problèmes économiques4,5
Criminalité1,6
Système de santé défaillant1,5

GravitéPeu citée, mais jugée grave

Citée par 9,7 % seulement parmi les problèmes les plus graves, la corruption est jugée grave dès qu’on interroge directement les répondants : 56,9 % la trouvent très ou un peu grave, 15,6 % pas grave. Et 45,2 % estiment qu’elle est plus élevée qu’au cours des années passées, contre 14,2 % qui la jugent plus faible.

Gravité de la corruption au Sud-Kivu%
Très grave40,0
Un peu grave16,9
Pas trop grave11,5
Pas du tout grave3,7
La corruption n’existe pas0,4
Ne sait pas25,0

InstitutionsLes institutions perçues comme corrompues

Ces résultats ne mettent en cause aucun responsable en particulier : ils montrent comment les citoyens perçoivent chaque institution dans la fourniture des services. La corruption est perçue comme répandue dans la plupart des services de l’État, à commencer par le gouvernement provincial.

InstitutionCorrompue
%
Peu ou pas
%
Ne sait pas
%
Gouvernement provincial54,314,130,1
Assemblée provinciale48,918,131,8
Ministère provincial de l’éducation48,518,530,9
Office des Routes47,618,133,1
Ministère des mines, de l’énergie et des hydrocarbures47,220,430,9
Ministère provincial de la justice et des droits humains46,320,831,2
Ministère provincial des travaux publics et infrastructures46,020,931,5
Cabinet du gouverneur45,520,333,0
Agence congolaise des grands travaux44,022,033,0
Cours et tribunaux43,821,433,4
Ministère provincial du plan et du budget41,223,634,0
Ministère provincial de la santé39,628,031,2
Secrétariat du gouvernement provincial38,326,333,9
Commission électorale nationale indépendante35,029,634,2
Bureau du procureur32,830,735,1
Agents et responsablesCorrompus
%
Peu ou pas
%
Ne sait pas
%
Membres du parlement provincial52,915,130,7
Ministres provinciaux47,320,231,3
Directeurs généraux et administrateurs45,120,932,0
Administrateurs de territoire42,623,832,1
Juges et procureurs42,125,431,1
Défenseurs judiciaires et avocats41,324,232,9
Fonctionnaires de l’État33,234,531,2

SecteursDouanes, partis politiques et éducation en tête

Sur vingt secteurs et services, la corruption est jugée la plus fréquente dans les services douaniers (46,8 %), les partis politiques (45,3 %) et l’éducation (44,9 %), et la moins fréquente parmi les confessions religieuses (26,1 %), l’armée et la police (33,2 %) et les leaders communautaires (33,9 %). Invités à classer les trois secteurs les plus corrompus, les répondants citent d’abord le système électoral (29,6 %), puis les douanes (11,6 %), l’éducation (9,1 %) et la santé (8,2 %) ; le secteur commercial (0,7 %) et les médias (0,9 %) viennent en dernier.

L’argent est la forme de corruption que les agents publics acceptent ou demandent le plus (58 %) ; d’autres répondants citent des motos, des meubles, des véhicules et des cartes téléphoniques. Les répondants fondent leur avis sur leur expérience personnelle (35,0 %), les médias (26,3 %) et leurs amis et connaissances (16,9 %).

Action publiqueUne lutte contre la corruption peu connue

Seuls 13,9 % connaissent des mesures prises par le gouvernement contre la corruption au Sud-Kivu, et 86,1 % n’ont pas su juger de leur efficacité. Une large majorité doute de la volonté politique : à la question de savoir si le gouvernement a une volonté sincère de lutter contre la corruption, 9,1 % sont tout à fait d’accord et 6,5 % d’accord, contre 15,1 % pas d’accord et 54,9 % en désaccord total ; 12,8 % ne savent pas.

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Chapitre II

Comprendre la corruption

Une notion mal connue, expliquée d’abord par le besoin d’argent, et des pots-de-vin le plus souvent demandés par les agents.

DéfinitionPlus de la moitié ne savaient pas

Au début de l’entretien, 52,5 % des répondants ne savaient pas dire ce qu’est la corruption. Les autres la définissaient surtout comme l’usage abusif des fonds ou des biens de l’État à des fins personnelles (25,2 %), le vol de l’argent ou des biens d’autrui (11,0 %), la manipulation des droits d’autrui (5,6 %), l’abus de pouvoir (3,6 %) ou le népotisme (2,1 %). Toute campagne contre la corruption doit partir de ce constat.

36,1 % pensent que des citoyens ordinaires peuvent commettre des actes de corruption, 16,1 % que seuls les agents de l’État et les gestionnaires de biens publics le peuvent, et 47,5 % ne savent pas. Interrogés sur les attitudes qui y poussent, 64,9 % ne savent pas répondre ; les autres citent l’avidité et l’ambition de devenir riche (13,7 %), le manque de responsabilité et de sens éthique (6,9 %), les faibles salaires (3,8 %) et les charges familiales (3,7 %).

Causes« Nous avons besoin d’argent »

Pour 46,5 % des répondants, la corruption s’explique par le besoin d’argent pour vivre et par des salaires inférieurs aux besoins quotidiens ; 7,8 % citent l’ambition de s’enrichir vite, d’autres le manque d’éthique. Un tiers ne savent pas. Ce constat rejoint le chômage et la pauvreté, cités comme les problèmes les plus graves de la province.

Une liste de treize actes – payer un policier pour couvrir une infraction, offrir un cadeau à un enseignant pour une bonne note, faire nommer un proche dans un ministère, utiliser une voiture de service à des fins privées… – a été soumise aux répondants : la majorité les considèrent comme de la corruption, et les « je ne sais pas » ne dépassent plus 13,8 à 20,1 %, signe que la notion est mieux comprise à ce stade de l’entretien.

PratiquesComment se passent les pots-de-vin

Comment le pot-de-vin intervient-il ?%
L’agent indique ou demande le pot-de-vin40,5
Quelqu’un l’offre de son plein gré12,5
Le montant est connu d’avance, sans discussion7,5
Ne sait pas36,9

Seuls 52,1 % sont très ou assez certains qu’un pot-de-vin permet d’obtenir le service ou de résoudre le problème. Les principales motivations citées sont l’absence d’autre moyen d’obtenir les choses (28,2 %) et la volonté d’éviter des sanctions (18,9 %) ou des paiements officiels plus élevés (7,0 %).

Oui
%
Non
%
Ne sait pas
%
Accepteraient un pot-de-vin27,955,115,2
Donneraient un pot-de-vin si on le leur demandait31,448,118,1

Interrogés sur leurs contacts avec quatorze institutions au cours des douze derniers mois, plus de 90 % des répondants n’ont pas répondu ; sur 695 contacts rapportés, 28 demandes de pots-de-vin ont été signalées. Cet écart entre une corruption perçue comme générale et des cas rarement déclarés mériterait une étude qualitative.

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Une formation des organisations de la société civile à la lutte contre la corruption, Sud-Kivu, mai 2017
Chapitre III

Lutter contre la corruption

Peu de citoyens savent où signaler la corruption, beaucoup craignent de le faire – mais une large majorité est prête à agir.

SignalerSeuls 20,9 % savent à qui s’adresser

À la question de savoir s’ils connaissent une institution où signaler un acte de corruption, 20,9 % répondent oui, 30,0 % non et 48,4 % ne savent pas. Ceux qui en connaissent une citent d’abord les leaders communautaires :

À qui signaleriez-vous la corruption ?%
Leaders communautaires7,3
Cours et tribunaux5,0
Police4,6
ONG4,2
OSCEP (Observatoire de surveillance de la corruption et de l’éthique professionnelle)3,5
Ne sait pas70,6

ObstaclesPourquoi on ne signale pas

Raison de ne pas signalerOui
%
Non
%
Ne sait pas
%
La plupart des actes de corruption résultent de difficultés économiques59,820,018,4
Ceux qui dénoncent s’exposent à des représailles59,222,117,6
Manque de preuves56,221,220,6
Manque de clarté sur les procédures55,421,521,0
On ne sait pas à quelle institution s’adresser54,521,521,3
Aucune protection n’est garantie à ceux qui dénoncent53,324,320,3
Aucune suite ne sera donnée53,026,218,8
Inutile de signaler si cela ne me touche pas49,929,219,3
Les signalements ne sont pas reconnus par les organismes de lutte contre la corruption46,429,521,9

Agir940 actions déjà menées

Une large majorité se dit prête à agir contre la corruption, et les répondants ont rapporté 940 actions déjà menées par eux-mêmes – une base encourageante sur laquelle construire les campagnes d’information et d’éducation.

Action contre la corruptionPrêts à le faire
%
Déjà fait
actions
S’abstenir de payer des pots-de-vin67,2237
Signaler la corruption à l’OSCEP ou à une ONG anticorruption61,3140
Soutenir une campagne d’éducation60,4121
Participer à une campagne de sensibilisation60,3146
Porter plainte contre un responsable corrompu59,6131
Refuser de rendre des faveurs à des agents ou à leurs proches55,9165
Total940
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Conclusion

L’éducation et l’information seront des clés de la lutte contre la corruption au Sud-Kivu.

La corruption est clairement perçue comme présente dans les institutions de l’État et de la société civile, au Sud-Kivu comme dans l’ensemble de la RDC. Quelques secteurs – l’armée, les confessions religieuses – sont jugés relativement moins corrompus, mais la plupart sont perçus comme corrompus par une large part des répondants. Comme plus de la moitié d’entre eux ne savaient pas, au départ, ce qu’est la corruption, la part de ceux qui la voient partout est encore plus élevée parmi ceux qui la comprennent.

L’enquête a aussi informé : les réponses « je ne sais pas » ont reculé au fil de l’entretien, et plus de 60 % des répondants souhaitent que le CERC les informe davantage sur la corruption et sa prévention.

L’éducation et l’information seront des clés importantes pour lutter contre la corruption au Sud-Kivu.

Près de 60 % des répondants pensent que la plupart des actes de corruption résultent de difficultés économiques : une façon de justifier la corruption, alors qu’elle nuit au développement économique et social. Les efforts d’éducation du CERC doivent combattre l’idée qu’elle serait utile, et montrer que la corruption a des conséquences – car beaucoup renoncent à la signaler parce qu’« aucune suite ne sera donnée », que les procédures manquent de clarté ou qu’« il ne vaut pas la peine de signaler si je ne suis pas concerné ».

Cette enquête est une base de référence, appelée à être répétée pour mesurer l’évolution de la corruption au Sud-Kivu. Elle reflète les idées, les croyances et les jugements des citoyens de la province, et offre au CERC et à ses partenaires une base solide pour concevoir leurs stratégies.

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Remerciements

Le CERC remercie les habitants du Sud-Kivu qui ont participé à cette enquête et qui s’engagent contre la corruption dans la province, Fredrik Galtung et Valentine Lecruse, d’Integrity Action, pour leurs conseils, ainsi que l’équipe du CERC qui a mené l’enquête et analysé les résultats.

Rapport original

Publié par le CERC en juillet 2017, à partir des entretiens de mai 2017.