En 2024, le CERC a mis en place à Kinshasa un système d’alerte sociale permettant aux citoyens de signaler la corruption dans le secteur de la justice, et a organisé la réponse de la société civile à ces alertes.
Mars–mai 2024Mise en place du système d’alerte sociale
Avec l’appui technique de RCN J&D, le CERC a élaboré les outils du système : un guide du système d’alerte sociale, un protocole d’accord avec les points focaux et une stratégie de mise en place.
Le système a été animé par un réseau de 9 points focaux, désignés par des organisations de la société civile et des réseaux anticorruption – ACVDP, PONJA PONJA, C4, GREM, COCOLUCO, AFEVOPHA et le CERC – pour recueillir et relayer les plaintes pour corruption venant de leurs communautés. Le 6 mai 2024, RCN J&D a remis au CERC 9 téléphones et 8 cartes SIM, que le CERC a distribués aux points focaux avec leurs frais de transport et de communication.
Juin–juillet 2024Le soutien des autorités judiciaires
Le CERC a rencontré les procureurs et les chefs de division des parquets de Kalamu, de Ndjili et de Matete pour leur présenter le système d’alerte sociale. Des ordres de mission ont permis à 7 points focaux d’accéder aux juridictions. Plusieurs autorités judiciaires ont autorisé l’affichage du numéro vert du système dans leur ressort.
Pour trouver des personnes ressources au sein de la justice, le CERC a aussi mené de petites enquêtes auprès des justiciables et des commerçants installés aux abords des parquets et des tribunaux, afin d’identifier des magistrats reconnus pour leur intégrité.
Mai–juillet 2024Sensibilisation
- À partir du 15 mai 2024, sensibilisation de bouche-à-oreille du grand public, et participation à des activités de partenaires à Kisenso, à Ndjili et au quartier CPA : environ 45 personnes touchées.
- À partir du 8 juin 2024, sensibilisation des justiciables et des gérants de restaurants et de petits commerces aux abords des juridictions de Ndjili et de Kalamu : environ 60 personnes (27 femmes et 33 hommes).
- 70 affiches du numéro vert, sur 150 prévues, posées en juin 2024 aux parquets, tribunaux de grande instance et tribunaux de paix de Kalamu, de Ndjili et de Matete, et au service notarial de Ndjili, avec l’accord des autorités.
- 250 dépliants imprimés en juillet 2024 pour Kalamu et Matete ; 80 avaient été distribués à la fin du mois, la grève des transports en commun du 29 juillet ayant interrompu les activités.
Le message était simple : « Ensemble, disons non à la corruption, en dénonçant les actes et pratiques de corruption dans le secteur de la justice. »
Mai–juillet 2024Alertes et réponses
Le CERC a reçu ses 3 premières alertes en mai 2024. À la fin de juin, il en avait reçu et documenté 7, dont 3 n’ont pas pu être suivies parce que les victimes ou les témoins se sont rétractés par peur de représailles. Les alertes venaient des points focaux, des tribunes d’expression populaire, des activités de sensibilisation et du numéro vert.
Le CERC y a répondu par le plaidoyer auprès des autorités judiciaires – notamment avec l’ACVDP, à Kalamu et à Ndjili, à partir du 8 juin 2024 – et par l’orientation et l’assistance juridique des justiciables. Le 26 juillet 2024, il a accompagné l’ACVDP dans le suivi d’un dossier devant le tribunal de grande instance de Kalamu, concernant la disparition d’une pièce à conviction.
Des cas documentés (les personnes ne sont pas nommées)
- Arrestation arbitraire. En avril 2024, un habitant de Lemba a été arrêté et battu sans motif par des policiers, au point de perdre connaissance. Sa famille a porté plainte devant l’auditorat militaire, mais le dossier n’a pas avancé, et elle soupçonnait la corruption du magistrat instructeur. Le CERC s’est rendu à l’auditorat militaire les 15 et 16 mai 2024 pour un plaidoyer et a conseillé la victime.
- Libération d’un prévenu. Selon la famille de la victime, un officier de police judiciaire a libéré contre 100 000 francs congolais un jeune homme arrêté pour avoir agressé et blessé une femme ; une fois libre, il a menacé de mort la victime et sa famille.
- Conflit foncier. À Kimbanseke, une femme qui avait obtenu gain de cause à plusieurs instances dans un conflit parcellaire a vu son dossier classé sans suite au parquet, et a dû payer pour obtenir la décision.
- Coups et blessures au travail. Un agent d’une entreprise publique, frappé par son supérieur après avoir réclamé ses frais de mission, a porté plainte au parquet général. Le magistrat a entendu des témoins sans entendre le plaignant, tandis que l’accusé affirmait avoir corrompu le parquet. Le plaignant a récusé le magistrat.
- Garde d’enfants. En juillet 2024, une mère a accusé son ex-mari d’avoir versé de l’argent à un magistrat d’un tribunal pour enfants pour obtenir la garde de leurs enfants. Le CERC a suivi et documenté le cas.